Il ne sait pas que vous êtes un ami

shy-dog-cropped

Quand nous emmenons notre chien chez le vétérinaire, le toiletteur, un ami ou dans un parc, nous le décidons et nous savons que les personnes que nous rencontrerons sont  bienveillantes. Par contre le chien, lui, voit la situation très différemment; il devient inquiet et suspicieux face aux changements dans son quotidien.

Dès qu’un chien doit s’éloigner du confort de sa routine quotidienne, il est en état d’alerte pour pouvoir fuir n’importe quel danger (ou ce qu’il interprétera comme tel). C’est pourquoi, quand le propriétaire insiste à faire asseoir son chien quand il découvre un objet ou une situation inconnue, le chien résiste. Même s’il perçoit son propriétaire en tant que leader de la meute/famille (ce qui se produit si vous appliquez la méthode Amichien), il ne sera pas à l’aise si on lui enlève la possibilité de s’éloigner immédiatement du danger. Voici la raison pour laquelle je ne demande jamais à mes chiens de prendre une position différente que débout à mes côtés, dans une situation où ils se demandent s’ils sont en sécurité. Je leur laisse le temps d’observer et de suivre mon exemple – mon calme et mon attitude de confiance – puis, je les laisse s’asseoir ou s’allonger quand ils sont assez détendus.

Forcer un chien à s’asseoir ou s’allonger avant qu’il ne soit sûr qu’il puisse le faire sereinement est inutile, pour plusieurs raisons. Ce n’est simplement pas nécessaire pour sa sécurité. De nombreuses personnes ordonnent “assis” à leur chien avant de traverser une route, mais pourquoi serait-ce essentiel? Cette habitude nous vient de l’illusion que le chien reste sous contrôle car il obéit à un ordre. Au contraire, dans ma méthode, les chiens ont le droit de choisir leur propre comportement. Cela vous permet d’approcher la route, de vous arrêter tranquillement et de traverser le moment venu, sans avoir à se poser la question si le chien suivra ou pas.

De nombreux chiens ont la vie dure à cause de notre idée qu’ils “savent” quand la personne qui les approche a de bonnes intentions. Le chien ne voit qu’un inconnu qui l’envahit! Je me souviens de cette gentille dame, bénévole dans un refuge. Elle n’arrivait pas à comprendre pourquoi tous ces chiens qu’elle tentait d’aider, reculaient devant elle. Cela lui tenait à cœur, alors je lui ai expliqué pourquoi sa manière de les approcher les bras tendus, en roucoulant, inquiétait les chiens en leur donnant envie de s’éloigner. La dame n’était pas du tout prête à l’entendre. Ses yeux se remplirent de larmes et elle me répondit avec insistance que j’avais tort, et que l’amour était plus fort que tout.

Sûre qu’elle n’entendrait plus un mot de ma part, je la laissais assise par terre, le visage pressé contre les barreaux d’un box. Elle continuait à parler au petit chien croisé à l’intérieur – qui se blottissait dans un coin en évitant tout contact visuel avec elle – et elle lui expliquait que j’étais bête car je ne comprenais pas à quel point elle aimait les chiens.

A cet instant, la gérante du refuge apparut et fit remarquer que sans braves personnes comme cette femme, elle n’arriverait pas à faire grand-chose avec les chiens. Je lui demandai alors, à quoi menaient tous ces efforts? Elle réfléchit un instant et me dit que les bénévoles gagnaient la confiance des chiens qui finissaient par venir à eux. Je voulais savoir depuis combien de temps cette bénévole travaillait de cette façon avec cette petite chienne, et j’appris que cela faisait quatre semaines – et la chienne en était toujours au coin le plus éloigné du box.

Comme toutes les deux étaient réellement dévouées, je demandai si elles seraient d’accord pour que j’aide la chienne à se détendre, en espérant établir un contact visuel. Les deux femmes échangèrent un regard et la bénévole me demanda de venir à côté d’elle et d’essayer. Je lui demandai poliment de se relever et de rejoindre la gérante vers la porte. Les deux femmes ne voyant pas la chienne, la bénévole emmena un miroir qui, placé stratégiquement, leur permettait d’observer ses réactions.

Une fois la scène préparée, je me suis assise devant le box en silence, de côté, en baissant ma tête pour avoir l’air le moins menaçant possible, et je suis restée parfaitement immobile. Avec un geste, j’invitai les deux femmes à s’asseoir. J’évitais leur regard et en moins de deux minutes, le petit chien tourna la tête vers moi. La gérante s’est alors agitée et le chien détourna sa tête à nouveau. Calmement, je fis le signe aux deux femmes de rester immobile. Mon but étant juste d’inciter la petite chienne à me regarder, j’avais déjà réussi. Mais, vu le peu de temps pris, j’étais sûre qu’on pouvait aller plus loin, alors nous sommes restées détendues.

Apres 30 secondes, la chienne me regarda et au bout d’une minute elle se penchait vers moi. Je restais dans la même position et fus ravie quand elle se leva et se secoua. Ensuite, elle décida de faire un pas hésitant vers moi toutes les deux secondes, jusqu’à ce qu’un demi-mètre à peine nous sépare. Je me suis levée doucement et la petite chienne fit un saut en arrière, mais resta là. Avec un geste, j’invitais les deux femmes à me rejoindre, tout en leur demandant de ne pas la regarder directement.

Ensemble, nous sommes restées débout près du box, avec la petite chienne, détendue, en train de nous regarder avec curiosité. Puis je fis le signe de partir en la laissant ainsi. Nous sommes sorties à l’extérieur, au soleil, et la bénévole me regarda et demanda si elle pouvait apprendre à faire cela.

Nous passâmes une heure à partager les bons gestes pour éviter le stress aux chiens, le but étant d’aider cette chienne à surmonter son anxiété et trouver un foyer pour la vie.

Heureusement pour les autres chiens qui passeraient par ce refuge, cette chaleureuse bénévole adopta ma méthode, décida de suivre la formation que je propose et devint une Dog Listener recommandée. Tout ce qu’il faut, c’est un esprit ouvert et assez d’amour, pour que notre but ultime soit de contribuer positivement au bien-être des chiens que nous côtoyons. Trois semaines plus tard, la petite chienne était prête à être adoptée. Elle partit heureuse rejoindre sa nouvelle maison.

Tout ce qu’il nous reste à faire, c’est d’arrêter de satisfaire nos propres besoins, et de voir les choses à travers les yeux du chien.

Jan Fennell

02/01/2015

Titre original: “A Dog Doesn’t Automatically Know When He Is Amongst Friends”

Traduction de l’anglais: Anna Mossuz, photo extraite du texte original. Vous pouvez retrouver le texte original, ainsi que d’autres articles par Jan Fennell, sur le site: www.janfennellthedoglistener/blog/Jan