Marcher avant de courir

Imaginez un instant une balade sereine avec votre chien. Il vous suit de son propre gré, tout en observant ce qui se passe autour. Vous n’êtes pas occupés à lui parler pour le contrôler, ni à confondre la laisse avec la corde d’une cloche qu’il faut faire sonner (comme on vous l’a peut-être conseillé). Vous choisissez simplement la direction, votre chien garde un œil sur vous pour avancer ensemble, et vous profitez du monde qui vous entoure plutôt que vous livrer à un duel des volontés.

Jan en promenade avec ses chiens

Je vous assure que ce genre d’expérience agréable est accessible à tous ceux qui respectent la vraie nature de leur compagnon et ont un esprit ouvert.

Quand un chien devient incontrôlable à l’extérieur, on a tendance à lui trouver rapidement une excuse: c’est parce qu’il est jeune, ou encore parce que c’est telle ou telle race. Un beagle tire en laisse “parce que c’est un beagle” (?…), un collie tire “parce qu’il a besoin de s’occuper”, un yorkshire terrier tire “parce qu’il a du caractère”… et ne parlons même pas d’un husky.

La réalité est plus simple: votre chien ne fait plus attention à vous une fois dehors car il croit que c’est lui qui est responsable de la “chasse”. Si en sortant vous avez l’impression de ne plus avoir le même chien – il devient sourd, il tire vers tout ce qui l’intéresse ou encore il se met à aboyer sur les passants ou autres chiens – sachez qu’il se met en avant pour prendre les décisions importantes et pour protéger au mieux sa “meute” (vous et lui).

Mais on entend dire qu’un tel chien a besoin de se défouler pour se poser. Résultat, on le promène autant que possible: une, deux heures par jour voire plus. En courant, à vélo, même en voiture en tenant la laisse par une fenêtre ouverte (ça existe) . A minuit ou vers 5 heures du matin, si le chien est réactif aux autres. Le sens du devoir nous pousse à promener nos chiens quand le temps est tellement horrible “qu’on ne mettrait pas un chien dehors”, et l’intéressé lui-même tente de faire demi-tour quand la porte s’ouvre.

Regardez la situation du point de vue du chien: vous le sortez tous les jours tout en lui répétant “doucement” etc. quand il tire. Le hic, c’est qu’il ne comprend pas le français, par contre il constate que quand il tire, vous le suivez… donc vous acceptez ses décisions. Vous avez l’air un peu agacé et tendu, preuve que vous n’êtes pas à l’aise dehors, il faut donc s’occuper de vous. Ainsi votre chien fait de son mieux pour vous guider pendant que vous râlez un peu, et personne ne comprend l’autre.

Que faire pour sortir de l’impasse? D’abord, il est nécessaire de comprendre que le comportement dehors n’est qu’un symptôme. Le vrai problème qu’il faut résoudre, c’est que votre chien se sent responsable de sa famille – un rôle qui génère beaucoup de stress pour lui. Pour y remédier, il faut d’abord travailler sur votre relation à la maison, pour une raison simple: les promenades peuvent être très difficiles pour un chien qui essaye de gérer tous les dangers qu’il y croise. Pendant que vous apprenez comment devenir son leader, vous allez naturellement commettre des erreurs, or les promenades constituent l’ultime test de sa confiance en vous. Il vaut mieux reporter les balades pendant un certain temps, pour se concentrer sur l’essentiel – construire la base d’une confiance solide, un peu comme quand on apprend à nager là où on a pied, avant de sauter dans le grand bassin. Pour savoir comment faire, je vous conseille de lire “Les Chiens Nous Parlent” par Jan Fennell, ce livre constitue un excellent point de départ.

Un dernier conseil: si vous angoissez en envisageant la prochaine balade avec votre chien car vous avez peur qu’il cherche encore à attaquer un autre chien, ou bien vous avez déjà mal au bras et plus aucune envie qu’il vous traîne d’un lampadaire à l’autre – déculpabilisez! Dites-vous que vous n’êtes pas obligés de le sortir, tant qu’il n’est pas prêt. C’est aussi simple. Il y a tant à lui apprendre en amont. De nombreux chiens mènent une vie heureuse sans être baladés tous les jours, sous la condition d’avoir assez d’interactions enrichissantes avec leur famille.

Une promenade avec son chien peut être un moment de pur bonheur pour lui et pour nous. Mais évitons de mettre la charrue devant les bœufs et préparons-le d’abord, pour que ce moment renforce sa confiance en nous, plutôt que créer davantage de chaos.

A bientôt,

Anna