Mon chien n’est pas “sociable”!

C’est un problème qui complique la vie de nombreux chiens et de leur gardiens: les balades virent au cauchemar car le chien réagit de manière agressive en voyant ses congénères. Combien de chiens peuvent être décrits ainsi: “Il est adorable, mais dès qu’on croise un autre chien, on ne le reconnaît plus!”.

Une belle amitié qui s’est construite lentement. Espion (à droite) voyait d’abord Yoda comme un danger potentiel, mais ils sont ensuite devenus complices.

Récemment, une cliente m’a raconté que sa chienne s’est fait attaquer deux fois en peu de temps, par des chiens dont les propriétaires ont insisté pour qu’ils jouent ensemble. C’est triste, mais pas vraiment surprenant. Souvent, on assume que tous les chiens devraient “être copains” juste parce qu’ils appartiennent à la même espèce. En réalité, il y a un écart entre ce que ces rencontres représentent pour nous et l’expérience du chien. Pour nous, la balade est un moment de détente, tandis que pour lui, l’enjeu est bien plus sérieux.

En sortant de chez eux, de nombreux chiens sont avant tout inquiets car ils quittent leur “zone de sécurité” et ils s’exposent, de leur point de vue, au danger. C’est l’instinct de survie qui façonne leurs réactions, et nous avons tendance à l’oublier car nous vivons dans un monde artificiel et relativement sécure que nous comprenons bien (ce qui n’est pas le cas pour nos chiens). Pour eux, croiser un congénère inconnu de près ne va pas forcement de soi, puisque dans la nature, les canidés ne tombent quasi jamais sur leur voisin – ils marquent leur territoire en levant la patte précisément pour l’éviter. Leur vie sociale se déroule en petit comité, au sein de la meute où chacun trouve sa place en tissant des liens étroits avec les autres membres du groupe. Le problème, c’est que dans nos villes et villages plusieurs chiens (et meutes) sont obligés de cohabiter très près les uns des autres. C’est un peu comme une cocotte minute – la pression est toujours palpable.

Quand un chien montre son stress face à un autre, typiquement son propriétaire va lui parler pour le rassurer (“Calme toi” etc.) ou bien lui répéter des ordres du genre “Non” ou “Arrête”, voire avoir recours à une forme de violence. Ces expériences se répètent et votre chien apprend qu’en présence de ses congénères vous devenez vous-même inquiet(e), du coup il constate qu’il a raison de vous protèger. L’autre chien finit par s’éloigner, donc le vôtre a “réussi” à le faire partir. Par conséquent, son attitude lui paraît justifiée et efficace.

Il n’est pas évident de garder son calme  dans ces circonstances, car vous vous trouvez déjà dans une situation difficile que vous ne contrôlez pas: l’autre chien peut très bien se montrer “agressif” lui aussi, les commentaires des autres promeneurs ne se font pas attendre et si votre chien est costaud, il peut même vous faire tomber. Face à une telle perspective ce n’est pas étonnant que rien qu’à y songer, on s’inquiète (votre chien le ressent, ce qui contribue aussi au cercle vicieux). Mais il “faut” y aller pour le sociabiliser et lui permettre de se défouler…

Ouf, rien que de l’avoir écrit, j’ai envie de rester tranquillement chez moi. Et il se trouve que la vraie solution n’est pas si loin de ce Plan B.

Pour que la balade se passe différemment, il faut d’abord changer votre communication à la maison, là où votre chien n’est pas distrait ni dépassé. Ensuite, on peut retourner progressivement à l’extérieur. Peu de gens qui souhaitent apprendre à nager recherchent quelqu’un qui va les pousser la tête en premier dans une piscine olympique, or c’est un peu ce qu’on subit quand on emmène son chien réactif au parc pour lui apprendre à “être sociable”. Une période (plus ou moins longue) sans sorties permet de travailler sur les premières étapes de la balade. Votre chien devient incontrôlable une fois dans la rue? Mais s’il saute de partout quand vous essayez de lui attacher la laisse, ou il la mordille ensuite etc., il vous montre clairement qu’il n’est pas prêt à sortir. S’il devient agité en voyant que vous prenez la laisse ou mettez vos baskets, comment peut-on espérer qu’il saura être calme en rencontrant un congénère… 

Une fois dehors, si vous tombez nez à nez avec un autre chien et que le votre commence à aboyer et à tirer vers lui, il ne sert à rien de lui crier des “ordres”, ou de tenter de détourner son attention. Comment voulez-vous raisonner quelqu’un qui est en train de protéger sa vie et de paniquer? La seule solution, c’est de rester calme et de s’éloigner ou contourner ce danger potentiel. Les chiens savent instinctivement que celui qui garde son sang-froid même dans une situation stressante, prouve qu’il est capable de mener les autres. Montrez-vous calme et décisif sans aucun geste violent, mettez de la distance entre vous et le “problème”, et votre chien sera réellement rassuré. Il ne changera pas de comportement instantanément, mais ce sera un premier pas dans la bonne direction.

La vraie clé de la réussite, c’est de changer votre propre comportement afin de convaincre votre chien que vous êtes son guide et protecteur. Si votre chien n’en est pas sûr dans la sécurité de votre maison, comment pourrait-on lui faire changer d’avis dehors, là où il se sent vulnérable et où les distractions ne manquent pas?

Filou tourne la page

P1170033Il y a quelques temps, nous avons décidé que Filou, notre papy-pile électrique, était prêt à rejoindre sa famille d’accueil “définitive”. Souvenez-vous, il est venu poser ses valises chez nous il y a sept mois. Cette arrivée n’était pas prévue mais ce petit chien de 11 ans avait testé la tolérance de sa famille d’accueil précédente au point qu’ il risquait de se retrouver en pension. Souvent agressif, il cherchait à contrôler les déplacements des autres membres de la famille. Pensez à un Mogwaï nourri après minuit, voilà à quoi ressemblait la cohabitation avec Filou “avant”. Continue reading

Un témoignage qui fait plaisir

Récemment, j’ai travaillé avec les propriétaires d’Havane, une belle chienne croisée berger allemand (j’ai changé le nom afin de préserver l’anonymat des propriétaires).

“Chère Anna,

Ce petit mot pour vous remercier d’être venue nous dispenser vos conseils pour rééduquer notre remuante Havane !

Cela fait un peu plus de 2 semaines que j’applique cette nouvelle méthode et je ne suis vraiment pas déçue du résultat.

J’ai adopté Havane  dans un refuge, et elle a maintenant plus de 3 ans. Venant de Roumanie où elle subissait de mauvais traitements, je l’avais inscrite à un cours de dressage pour la canaliser et la sociabiliser avec les autres chiens. Continue reading

Un pas en arrière?

Il y a quelque temps je vous ai présenté Filou, le petit croisé Jack Russell que nous hébergeons suite à son comportement difficile chez la famille d’accueil précédente.P1170096

Filou a bien progressé pendant les dernières semaines d’été. Pendant environ un mois et demi, il était détendu en toute situation (pourtant notre maison est loin d’être un havre de paix, avec des enfants qui courent de partout!). Continue reading

Filou, une leçon de patience

Ce n’était qu’une question de temps avant qu’on ne récidive en accueillant un autre chien “à problèmes”.

Avec ses 8 kilos et 11 ans au compteur, Filou avait quand même réussi à terroriser sa famille d’accueil au point où, désemparés, ils ont demandé P1160551qu’on le place ailleurs. Il les Continue reading

Espion, un nouveau chapitre

Après 6 semaines passées chez nous, Espion est parti en pré-adoption. Ses futurs adoptants ont fait preuve de patience, puisque ils suivaient ses progrès depuis sa sortie de la pension. En tout, ils nous ont rendu quatre visites.

C’est donc l’heure du bilan, même si le travail continue dans son nouveau foyer.

P1160232 Continue reading

Encore un mythe dissipé

snarling_dog_600_copyJ’entends régulièrement parler de personnes qui se font mordre quand elles tendent « amicalement » leur main au chien, un geste conseillé traditionnellement  à ceux qui rencontrent un chien pour la première fois. L’idée sous-jacente, c’est que l’étranger qui s’approche d’un chien lui permet de se familiariser avec son odeur. Cette fausse idée nous incite à stresser le chien inutilement, voire à compromettre son avenir si, sous l’effet du stress, il réagissait de manière négative.

La croyance que, grâce à la main tendue, le chien peut nous sentir ce qui dissipe son appréhension de manière quasi magique, doit être examinée logiquement. Continue reading

Pourquoi la castration ne résout pas le problème d’agressivité

Dans 80% des cas, la castration (pratiquée pour éradiquer le comportement agressif du chien) ne fait qu’augmenter la fréquence et la gravité de ses comportements agressifs. Pour les 20% restants, plus calmes, les effets négatifs comprennent une augmentation de l’anxiété et un sentiment d’insécurité.

“Tu vas faire QUOI?”

Les raisons sont simples et liées à la réduction dramatique de niveau de testostérone, laissant le chien moins apte à assumer son rôle – pour un chien en bonne forme, il s’agit du rôle de décideur.

il y a des millénaires, on a découvert que la castration rendait les animaux de proie (bétail, chevaux etc.) plus malléables, et on en a tiré la conclusion erronée qu’il en allait de même pour tous les animaux. Continue reading